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    Chirurgie du strabisme : déroulé, anesthésie et suites

    La chirurgie du strabisme repositionne les muscles qui orientent les yeux afin de rétablir l'alignement du regard. Cette page détaille les indications, le bilan préopératoire, le déroulé de l'intervention, les suites et le suivi.

    La chirurgie du strabisme consiste à modifier la position ou la tension des muscles qui déplacent l'oeil, afin de rétablir l'alignement du regard. Elle se déroule sous anesthésie générale, le plus souvent en ambulatoire, par voie conjonctivale et sans incision cutanée. Le plan opératoire découle du bilan orthoptique préopératoire.

    En quoi consiste la chirurgie du strabisme

    Chaque oeil est mobilisé par six muscles qui travaillent de façon coordonnée. Dans un strabisme, cet équilibre est rompu : l'un des yeux ne pointe pas dans la même direction que l'autre. La chirurgie agit sur ces muscles pour rétablir un alignement.

    Deux gestes de base sont utilisés, souvent combinés. Le recul consiste à déplacer l'insertion d'un muscle vers l'arrière, ce qui diminue son action. Le raccourcissement, ou résection, consiste à retirer une petite portion de muscle avant de le réinsérer, ce qui renforce son action. D'autres gestes existent selon les situations : transposition d'un muscle, suture ajustable, ou geste sur un muscle oblique en cas de déviation verticale ou de composante rotatoire.

    Il est important de comprendre ce que la chirurgie ne fait pas. Elle ne modifie pas la correction optique, elle ne guérit pas une amblyopie, et elle ne recrée pas une vision du relief qui ne s'est jamais développée. Elle agit sur l'alignement et sur ses conséquences : vision double, champ de vision binoculaire, position de tête compensatrice, fatigue visuelle et retentissement dans la vie quotidienne.

    Quand une intervention est indiquée

    L'indication n'est jamais posée sur la seule apparence du regard. Elle repose sur des mesures répétées et concordantes, et sur le retentissement fonctionnel. Les situations les plus fréquentes sont les suivantes :

    • une déviation qui persiste malgré une correction optique complète portée en permanence
    • une déviation de grande amplitude chez le jeune enfant, qui empêche le développement de la vision binoculaire
    • une vision double non compensable par des prismes chez l'adulte
    • une position de tête compensatrice marquée, avec retentissement cervical ou postural
    • une réduction du champ de vision binoculaire gênante dans les activités quotidiennes
    • un strabisme de l'enfance décompensé à l'âge adulte
    • une déviation séquellaire après une paralysie oculomotrice stabilisée

    Avant toute chirurgie, le traitement d'une amblyopie est mené autant que possible, car un oeil dont la vision est très basse maintient moins bien l'alignement obtenu. Le contexte général est également pris en compte : chez l'adulte, un diabète, une pathologie thyroïdienne ou neurologique évolutive influence le moment de l'intervention.

    Le bilan préopératoire

    Le bilan orthoptique, socle du plan opératoire

    C'est l'élément déterminant. L'orthoptiste mesure la déviation en dioptries prismatiques de loin et de près, dans les neuf directions du regard, avec et sans correction, et évalue la variabilité des mesures entre plusieurs consultations. Il analyse la motilité de chaque muscle, recherche une composante verticale ou rotatoire, teste la fusion et la vision du relief, quantifie une position de tête, et vérifie la tolérance à une correction prismatique. Le nombre de muscles à opérer et l'amplitude du geste sont calculés à partir de ces mesures : c'est la raison pour laquelle une déviation instable conduit à différer l'intervention plutôt qu'à opérer sur une mesure isolée.

    La consultation chirurgicale

    Elle reprend les objectifs poursuivis, le geste envisagé, ce qui peut être attendu et ce qui ne peut pas l'être, les alternatives, les risques et la possibilité d'une seconde intervention. Un document d'information écrit est remis et un délai de réflexion est respecté. Un devis mentionnant les éventuels dépassements d'honoraires est également remis.

    La consultation d'anesthésie

    Obligatoire, elle a lieu à distance de l'intervention. Elle précise les antécédents, les traitements en cours, les allergies, et donne les consignes de jeûne. Les modalités d'arrêt éventuel d'un traitement anticoagulant ou antiagrégant sont décidées lors de cette consultation.

    Le déroulé de l'intervention

    L'anesthésie

    L'intervention se déroule sous anesthésie générale, chez l'enfant comme chez l'adulte, car une immobilité complète est nécessaire et les manoeuvres sur les muscles oculomoteurs sont sensibles. Un complément d'analgésie locale est fréquemment associé pour améliorer le confort au réveil.

    La durée

    Le temps opératoire est habituellement de trente à quatre-vingt-dix minutes selon le nombre de muscles concernés et l'existence d'une chirurgie antérieure. La présence à l'établissement est plus longue, en raison de la préparation et de la surveillance postopératoire.

    Le geste

    Le chirurgien accède aux muscles en ouvrant la conjonctive, la fine membrane transparente qui recouvre le blanc de l'oeil. Aucune incision de la peau n'est réalisée et l'oeil n'est pas retiré de son orbite, contrairement à une idée répandue. Le muscle est repéré, puis reculé, raccourci ou transposé selon le plan établi, et fixé par des sutures résorbables. La conjonctive est refermée en fin d'intervention. Une pommade et un pansement peuvent être appliqués.

    L'hospitalisation

    Elle se fait le plus souvent en ambulatoire, avec une sortie le jour même après une période de surveillance. Une hospitalisation d'une nuit peut être proposée chez le très jeune enfant ou en fonction du contexte médical. Un accompagnant est nécessaire pour le retour.

    Les suites et la convalescence

    Les premiers jours comportent des manifestations attendues, qui ne doivent pas inquiéter :

    • une rougeur marquée du blanc de l'oeil, parfois impressionnante, qui s'atténue en deux à quatre semaines
    • une sensation de grain de sable ou de corps étranger
    • un larmoiement et une gêne à la lumière
    • des sécrétions au réveil pendant quelques jours
    • une vision floue ou une perception double transitoire, le temps que le cerveau s'adapte au nouvel alignement

    La douleur est en général modérée, plus marquée dans les vingt-quatre à quarante-huit premières heures, et bien contrôlée par des antalgiques simples. Le traitement local associe des collyres anti-inflammatoires et antibiotiques selon la prescription, avec une durée précise à respecter.

    Les consignes pratiques

    • ne pas frotter les yeux, en particulier chez l'enfant
    • pas de piscine, de bain ni de sauna pendant la durée indiquée, en général deux à trois semaines
    • éviter les milieux poussiéreux, le jardinage et les sports de contact pendant la même période
    • reprise de l'école ou du travail en général en quelques jours, selon l'activité
    • lunettes de soleil utiles en extérieur
    • consulter sans attendre en cas de douleur intense, de baisse de vision, d'écoulement purulent ou de fièvre

    Le protocole de suivi postopératoire

    Le suivi fait partie intégrante du traitement : c'est lui qui permet d'objectiver le résultat, d'ajuster la correction optique et de décider d'un éventuel complément thérapeutique.

    • Contrôle précoce, dans les jours suivant l'intervention : vérification de la cicatrisation conjonctivale, de l'absence de complication, appréciation du nouvel alignement et adaptation du traitement local.
    • Contrôle vers un mois : bilan orthoptique complet, mesure de la déviation résiduelle, évaluation de la fusion et de la position de tête, réévaluation de la correction optique.
    • Contrôle vers trois mois : le résultat est alors considéré comme largement stabilisé. Une prescription prismatique, une rééducation orthoptique ou, plus rarement, une reprise chirurgicale peuvent être discutées à ce stade.
    • Suivi ultérieur : annuel chez l'enfant en croissance, avec surveillance de l'amblyopie et de la correction optique.

    Résultats et limites

    L'objectif est un alignement satisfaisant sur le plan fonctionnel et un confort visuel amélioré. Une déviation résiduelle de faible amplitude est fréquente et souvent sans conséquence. Une reprise chirurgicale est parfois nécessaire, notamment dans les strabismes de grande amplitude, les formes évolutives et les déviations d'origine paralytique : cette éventualité est expliquée avant l'intervention et ne constitue pas un échec.

    Les risques

    Comme toute intervention, la chirurgie du strabisme comporte des risques, exposés en consultation préopératoire et détaillés dans le document d'information remis : correction insuffisante ou excessive, vision double persistante, infection, réaction inflammatoire, kyste ou granulome conjonctival, exceptionnellement atteinte plus sévère de l'oeil. Aucun résultat ne peut être garanti par avance.

    Chez l'enfant et chez l'adulte

    Chez l'enfant

    La chirurgie s'inscrit dans un parcours qui commence par la correction optique et le traitement de l'amblyopie. Elle visera, selon l'âge et la forme, à permettre le développement d'une vision binoculaire ou à stabiliser un alignement. L'accompagnement de l'enfant compte : expliquer avec des mots simples, préparer la journée d'intervention, prévenir l'école de quelques jours d'absence. Le suivi orthoptique se poursuit après l'opération.

    Chez l'adulte

    L'intervention est possible à tout âge, y compris de nombreuses années après un strabisme de l'enfance. Les bénéfices attendus sont la suppression ou la réduction d'une vision double, l'élargissement du champ de vision binoculaire, la correction d'une position de tête, la diminution de la fatigue visuelle et un alignement du regard qui a un retentissement professionnel et social. La récupération d'une vision du relief est en revanche incertaine lorsque la binocularité ne s'est jamais développée, ce qui est précisé avant l'intervention.

    Pour comprendre les formes de strabisme et les traitements non chirurgicaux, voir la page strabisme. Pour le suivi de l'enfant, voir ophtalmologie pédiatrique.

    Questions fréquentes

    L'opération est-elle douloureuse ?+

    L'intervention elle-même est réalisée sous anesthésie générale, sans aucune sensation. Les suites comportent une gêne à type de grain de sable, un larmoiement et une rougeur, plus marqués les deux premiers jours, habituellement bien contrôlés par des antalgiques simples et les collyres prescrits.

    Retire-t-on l'oeil de son orbite pendant l'intervention ?+

    Non. C'est une croyance fréquente mais inexacte. Le chirurgien accède aux muscles en ouvrant la conjonctive, la membrane transparente qui recouvre le blanc de l'oeil. L'oeil reste en place dans l'orbite pendant toute l'intervention et aucune incision de la peau n'est pratiquée.

    Combien de temps faut-il pour voir le résultat définitif ?+

    L'alignement est visible dès les premiers jours, mais l'aspect de l'oeil reste rouge deux à quatre semaines et le cerveau met du temps à s'adapter. Le résultat est apprécié au contrôle d'un mois et considéré comme largement stabilisé vers trois mois, avec un nouveau bilan orthoptique.

    Faut-il parfois réopérer ?+

    Cela arrive, en particulier dans les déviations de grande amplitude, les formes évolutives et les strabismes d'origine paralytique. Une reprise se discute après stabilisation, sur de nouvelles mesures orthoptiques. Cette éventualité est expliquée avant la première intervention et ne signifie pas que celle-ci a échoué.

    Peut-on opérer un strabisme à l'âge adulte ?+

    Oui, à tout âge. Les objectifs sont de supprimer ou réduire une vision double, d'élargir le champ de vision binoculaire, de corriger une position de tête et de rétablir un alignement. La récupération d'une vision du relief est incertaine si le strabisme date de la petite enfance.

    L'intervention est-elle remboursée ?+

    La chirurgie du strabisme est une chirurgie fonctionnelle prise en charge par l'Assurance Maladie, chez l'enfant comme chez l'adulte, dans les conditions habituelles. Un devis précisant les éventuels dépassements d'honoraires est remis lors de la consultation préopératoire, avant toute programmation.

    Quand peut-on reprendre l'école, le travail et le sport ?+

    L'école et la plupart des activités professionnelles se reprennent en général en quelques jours. La piscine, les bains, les milieux poussiéreux et les sports de contact sont à éviter pendant deux à trois semaines, selon les consignes précisées par le chirurgien à la sortie.

    Ce qu'il faut retenir

    • Le plan opératoire découle directement du bilan orthoptique préopératoire : des mesures stables et répétées sont indispensables avant de fixer une date.
    • L'intervention se fait sous anesthésie générale, par voie conjonctivale, sans incision de la peau et sans retirer l'oeil de son orbite, le plus souvent en ambulatoire.
    • Le suivi rapproché, à quelques jours, un mois et trois mois, conditionne le résultat final et permet d'ajuster correction optique et prismes.

    Sources

    Dr Marion Le Lan-Diot, ophtalmologue spécialisée en strabisme et ophtalmologie pédiatrique

    Rédigé et relu par le Dr Marion Le Lan-Diot, ophtalmologue spécialiste du strabisme et de l'ophtalmologie pédiatrique, dernière relecture le 14 septembre 2026

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