Pour quels motifs consulter un ophtalmologue pédiatrique
Un ophtalmologue pédiatrique examine la vision d'un enfant en tenant compte de son âge, de sa capacité de coopération et du fait que son système visuel est encore en construction. Les motifs les plus fréquents sont les suivants.
- Un oeil qui dévie, en permanence ou par moments. C'est le motif le plus courant. Après quatre mois, une déviation constante n'est plus considérée comme physiologique et justifie un examen sans attendre. Le sujet est détaillé sur la page consacrée au strabisme.
- Une amblyopie suspectée ou déjà connue. L'amblyopie est une vision qui ne s'est pas développée normalement d'un côté. Elle est silencieuse : l'enfant ne se plaint pas, car il voit bien de l'autre oeil, et rien ne se voit de l'extérieur lorsqu'il n'y a pas de strabisme.
- Un retard de développement visuel. Absence de contact visuel, de sourire réponse ou de poursuite du regard dans les premiers mois. Ces situations justifient une consultation rapide, car elles peuvent révéler une anomalie oculaire ou neurologique.
- Des yeux qui oscillent. Ces mouvements involontaires, appelés nystagmus, s'accompagnent souvent d'une baisse de vision et parfois d'une position de tête particulière. Ils sont expliqués sur la page nystagmus.
- Une vision double. Chez un enfant, une diplopie d'apparition brutale est un signe à prendre au sérieux et à faire examiner sans délai. Elle peut relever d'une paralysie oculomotrice.
- Un enfant qui se frotte les yeux, cligne beaucoup ou plisse les paupières. Ces gestes traduisent souvent une fatigue visuelle, un défaut de correction non compensé ou une gêne à la lumière. Ils sont fréquents et méritent d'être mesurés plutôt qu'interprétés.
- Des maux de tête. Surtout lorsqu'ils surviennent en fin de journée, après la lecture ou les devoirs. Une hypermétropie non corrigée en est une cause classique chez l'enfant d'âge scolaire.
- Des difficultés scolaires. Lignes sautées, perte du fil de la lecture, copie lente, fatigue rapide sur les devoirs, baisse de résultats sans explication. Un bilan visuel et orthoptique fait partie des premières vérifications à mener.
- Des antécédents familiaux. Strabisme, amblyopie, forte correction, cataracte de l'enfant ou maladie oculaire héréditaire chez les parents, les frères ou les soeurs. Le risque est augmenté et justifie un examen même sans signe apparent.
- Une prématurité ou un faible poids de naissance. Ces enfants font l'objet d'une surveillance ophtalmologique spécifique, de même que ceux porteurs d'une trisomie 21 ou d'une affection neurologique.
Un enfant ne dit pas qu'il voit mal : il n'a pas de point de comparaison. Le doute des parents, d'un enseignant ou du médecin qui le suit suffit à justifier un examen.
À partir de quel âge peut-on examiner les yeux d'un enfant
Dès les premiers mois. Aucune limite basse ne s'applique : les techniques d'examen ne demandent ni lecture ni parole, et un nourrisson de quelques semaines peut être examiné complètement.
Le suivi visuel s'inscrit dans le calendrier des examens de santé de l'enfant, réalisés par le médecin généraliste ou le pédiatre, complétés par un examen ophtalmologique lorsqu'un doute apparaît.
- À la maternité et dans les premiers jours : examen des yeux et recherche de la lueur pupillaire, qui permet de repérer une cataracte congénitale.
- Entre quatre et six mois : fixation, poursuite du regard, alignement des deux yeux.
- Entre neuf et douze mois : contrôle de l'alignement et du comportement visuel.
- Entre deux et trois ans : l'enfant peut coopérer à des épreuves d'acuité imagées.
- Entre trois et quatre ans : mesure de l'acuité visuelle de chaque oeil séparément, période particulièrement utile au dépistage.
- À l'entrée en cours préparatoire : vérification avant l'apprentissage de la lecture.
- À l'adolescence : surveillance de l'évolution de la myopie, dont la progression est fréquente à cet âge.
L'âge de six ans revient souvent dans les recommandations pour une raison précise. Le développement de la vision se fait par l'usage, pendant une période limitée de la petite enfance. Un oeil qui reçoit durablement une image floue pendant cette période ne développe pas complètement sa vision, et le cerveau apprend à privilégier l'autre. Passé cette période de plasticité, qui s'achève progressivement autour de six à huit ans, le traitement d'une amblyopie devient beaucoup moins efficace. Avant six ans, la correction optique et l'occlusion de l'oeil dominant permettent le plus souvent de récupérer une vision utile. C'est le seul argument qui compte : plus le traitement commence tôt, meilleur est le résultat.
Comment se déroule la consultation, âge par âge
La consultation d'un enfant est plus longue que celle d'un adulte, parce qu'elle associe un bilan orthoptique, un temps d'attente pour l'action du collyre dilatateur, puis l'examen ophtalmologique. Elle est indolore. Les deux seules gênes réelles sont les gouttes, qui picotent quelques secondes, et la lumière de l'examen, vive mais brève.
Avant 1 an : observation et examen objectif
Durée à prévoir : environ une heure, dilatation comprise. L'examen commence par l'observation du comportement visuel : le bébé fixe-t-il un visage, suit-il un objet, réagit-il à la lumière, tourne-t-il la tête de façon symétrique. Les reflets cornéens et les tests d'occlusion permettent de rechercher une déviation. La réfraction est mesurée après instillation d'un collyre cycloplégique, qui bloque temporairement la mise au point : cette étape est indispensable, car la capacité d'accommodation d'un nourrisson masque une grande partie d'une hypermétropie. L'examen se termine par le fond d'oeil, réalisé après dilatation, qui vérifie la rétine et le nerf optique. Rien de tout cela ne fait mal. Le bébé pleure parfois lors des gouttes ou lorsqu'on maintient sa tête quelques secondes.
De 1 à 3 ans : mesurer sans coopération
Durée à prévoir : une heure à une heure trente. C'est l'âge où l'enfant bouge beaucoup et coopère peu, ce qui est parfaitement normal et prévu. Les tests reposent sur la fixation et la poursuite d'objets attractifs, sur des tests de préférence visuelle utilisant des cartons imagés, et sur des jeux d'appariement d'images. La mesure de la réfraction reste objective : l'autoréfractomètre, puis la skiascopie après cycloplégie, donnent une valeur fiable sans que l'enfant ait à répondre. L'examen se fait souvent sur les genoux du parent. La gêne principale à cet âge est l'attente de vingt à trente minutes entre les gouttes et la mesure : de quoi occuper l'enfant est utile.
De 3 à 6 ans : acuité et bilan orthoptique complet
Durée à prévoir : une heure à une heure trente. L'enfant peut maintenant lire des échelles adaptées, composées d'images, de dessins ou de lettres à apparier, oeil par oeil. L'orthoptiste mesure l'acuité de chaque oeil, étudie la fixation, quantifie une éventuelle déviation par des tests d'occlusion, évalue la motilité oculaire et la convergence, la vision du relief et, selon les cas, la vision des couleurs. Ce bilan sert de référence à tous les contrôles ultérieurs. La réfraction est de nouveau mesurée après cycloplégie, puis affinée avec des verres d'essai. À cet âge, l'enfant participe volontiers si l'examen lui a été présenté comme un jeu.
Après 6 ans et adolescent : un examen proche de celui de l'adulte
Durée à prévoir : trois quarts d'heure à une heure. L'acuité se mesure sur des échelles de lettres, la réfraction est affinée par les réponses de l'enfant, et la cycloplégie n'est plus systématique une fois la croissance oculaire avancée. L'examen comprend la lampe à fente, le fond d'oeil et, quand c'est utile, la mesure de la pression intraoculaire. Chez l'adolescent, le suivi de la myopie prend une place particulière : mesure de la progression, discussion des mesures de freination, dont le temps quotidien passé à l'extérieur à la lumière du jour et la limitation du travail de près prolongé.
Dans tous les cas, la consultation se termine par une synthèse expliquée aux parents et à l'enfant : résultats, prescription optique éventuelle, protocole de traitement d'une amblyopie, orientation en rééducation orthoptique si nécessaire, et date du prochain contrôle. Un courrier est adressé au médecin qui suit l'enfant.
Ce qu'il faut apporter
- le carnet de santé
- l'ordonnance de lunettes en cours, si elle existe
- les lunettes actuelles, même si elles sont anciennes ou peu portées
- les comptes rendus précédents : bilans orthoptiques, examens ophtalmologiques, imagerie
- le courrier du médecin traitant, du pédiatre ou du médecin scolaire
- la carte Vitale et l'attestation de mutuelle
Un point pratique important : les gouttes dilatatrices rendent la vision de près floue et les yeux sensibles à la lumière pendant plusieurs heures, parfois jusqu'au lendemain matin. Il vaut mieux organiser la journée en conséquence. Évitez de programmer la consultation le jour d'une évaluation scolaire, d'un contrôle ou d'une activité demandant une lecture précise. Une paire de lunettes de soleil est utile pour le retour, surtout par temps clair. Si l'enfant retourne à l'école dans la journée, prévenez l'enseignant : il verra mal de près pendant quelques heures, sans que ce soit inquiétant.
Comment préparer son enfant
Quelques repères simples rendent la consultation plus facile.
- Expliquer avec des mots simples et vrais. On va regarder ses yeux, lui montrer des images, lui demander ce qu'il voit. Rien ne va lui faire mal.
- Ne pas promettre qu'il n'y aura pas de gouttes. Elles sont presque toujours nécessaires. Mieux vaut annoncer qu'elles picotent un petit moment, comme quand on a du savon dans les yeux, et que la vue sera un peu floue ensuite.
- Éviter les mots qui font peur. Pas de piqûre, pas d'opération, pas de docteur qui va voir si tu as un problème. Parler de vérification plutôt que de recherche de maladie.
- Venir plutôt le matin. L'enfant est disponible, et la vision floue de l'après-midi gêne moins la fin de journée.
- Éviter l'horaire de la sieste et venir sans précipitation, avec un peu de marge.
- Prévoir un doudou, un livre, un jeu calme pour le temps d'attente de la dilatation.
- Rester présent et détendu. L'enfant capte l'inquiétude des parents. Un adulte tranquille rend l'examen beaucoup plus simple.
Le travail avec l'orthoptiste
L'orthoptiste est le professionnel qui mesure et rééduque la vision fonctionnelle. Dans une consultation pédiatrique, son rôle est central. Il mesure l'acuité visuelle avec des tests correspondant à l'âge, recherche et quantifie un strabisme, évalue la façon dont les deux yeux travaillent ensemble, la convergence, la vision du relief, la qualité de la fixation et les mouvements oculaires. Il conduit également, sur prescription, la rééducation d'un trouble de la convergence ou l'accompagnement du traitement d'une amblyopie.
Ce bilan conditionne la suite pour une raison simple : c'est lui qui fournit les chiffres. Une déviation exprimée en dioptries prismatiques, une acuité mesurée oeil par oeil, une vision binoculaire évaluée sont les éléments sur lesquels reposent la prescription optique, l'indication d'une occlusion ou, plus tard, une éventuelle décision chirurgicale. Sans mesures reproductibles, aucune de ces décisions ne peut être prise sérieusement.
Concrètement, les deux temps s'enchaînent au cours du même rendez-vous, ou lors de deux rendez-vous rapprochés selon l'âge et le motif : d'abord le bilan orthoptique, ensuite l'examen médical qui l'intègre, mesure la réfraction sous cycloplégie et examine l'oeil lui-même. La synthèse est commune, et les contrôles ultérieurs alternent entre les deux, à un rythme fixé selon le trouble suivi.
Venir en consultation
Les consultations ont lieu à l'IOSA, Institut Ophtalmologique Sourdille-Atlantique, sur le site de Santé Atlantique, avenue Claude Bernard, 44800 Saint-Herblain, dans l'agglomération de Nantes.
Accès et stationnement
En voiture depuis Nantes, le site est desservi par le périphérique ouest, sortie Porte de Saint-Herblain. Un parking est disponible sur place ; prévoyez quelques minutes d'avance aux heures de forte affluence, en particulier en fin de matinée. En transports en commun depuis le centre de Nantes, les lignes de bus et de tramway desservant le secteur de Santé Atlantique permettent de rejoindre l'établissement, avec un temps de trajet d'environ trente à quarante minutes selon le point de départ. L'accès est de plain-pied et adapté aux poussettes.
Horaires et rendez-vous
Les consultations ont lieu du mardi au vendredi. La prise de rendez-vous se fait en ligne sur Doctolib, ce qui est le moyen le plus rapide de voir les disponibilités réelles, ou par téléphone au 02 51 83 32 37. En cas de signe d'apparition brutale, notamment une vision double ou une baisse de vision récente, signalez-le lors de l'appel.
Questions fréquentes
Faut-il une ordonnance pour consulter un ophtalmologue pédiatrique ?+
Non. L'ophtalmologue est en accès direct spécifique : la consultation est remboursée dans les conditions habituelles sans passer d'abord par le médecin traitant. Un courrier du médecin ou du pédiatre reste utile, car il précise le motif et les éléments déjà constatés, mais il n'est pas obligatoire.
À quel âge le premier examen des yeux est-il recommandé ?+
En l'absence de signe d'appel et d'antécédent familial, un examen entre trois et quatre ans permet de mesurer l'acuité de chaque oeil au moment où une amblyopie reste facilement traitable. En cas de strabisme, de prématurité, d'antécédents familiaux ou de doute des parents, la consultation doit avoir lieu sans attendre, à tout âge.
Combien de temps dure la consultation ?+
Prévoyez une heure à une heure trente chez le jeune enfant, car la consultation associe l'entretien, le bilan orthoptique, le délai d'action du collyre dilatateur puis l'examen ophtalmologique complet. Après six ans, comptez trois quarts d'heure à une heure. Il est préférable d'éviter les horaires de sieste.
Les gouttes qui dilatent la pupille sont-elles obligatoires ?+
Elles sont nécessaires dans la très grande majorité des cas chez l'enfant. Sa forte capacité de mise au point masque une partie de son défaut visuel, en particulier une hypermétropie : sans ce collyre, la correction mesurée risque d'être insuffisante. Les gouttes permettent aussi l'examen du fond d'oeil. La vision de près reste floue quelques heures.
Mon enfant ne parle pas encore, peut-on quand même mesurer sa vue ?+
Oui. Les méthodes utilisées avant l'âge du langage sont objectives : observation de la fixation et du suivi du regard, tests de préférence visuelle, mesure automatique de la réfraction à l'autoréfractomètre puis skiascopie après cycloplégie. Aucune n'exige que l'enfant parle, lise ou réponde à une question.
Quel est le délai pour obtenir un rendez-vous ?+
Les disponibilités réelles s'affichent en direct sur Doctolib, qui reste le moyen le plus fiable de connaître le délai du moment. En cas de signe d'apparition récente, notamment une vision double, une déviation soudaine ou une baisse de vision brutale, signalez-le au secrétariat au 02 51 83 32 37 afin que la demande soit orientée.
La consultation est-elle remboursée ?+
Oui. La consultation d'ophtalmologie de l'enfant est prise en charge par l'Assurance maladie dans les conditions habituelles, avec la part complémentaire assurée le cas échéant par votre mutuelle. Pensez à apporter la carte Vitale et l'attestation de mutuelle. Les modalités précises sont détaillées sur ameli.fr.
Ce qu'il faut retenir
- Un enfant peut être examiné dès les premiers mois : les méthodes de mesure ne demandent ni lecture ni parole.
- Avant six ans, une amblyopie se traite efficacement par la correction optique et l'occlusion ; passé cette période, le résultat est nettement moins bon.
- Prévoyez une heure à une heure trente, le carnet de santé et les lunettes actuelles, et une vision de près floue pendant plusieurs heures après les gouttes.
Sources
- Haute Autorité de Santé, dépistage des troubles visuels chez l'enfant
- Société Française d'Ophtalmologie, rapport d'ophtalmologie pédiatrique
- Association Francophone de Strabologie et d'Ophtalmologie Pédiatrique (AFSOP)
- Inserm, dossier sur le développement de la vision
- Assurance Maladie, examens de santé de l'enfant et remboursement des consultations

Rédigé et relu par le Dr Marion Le Lan-Diot, ophtalmologue spécialiste du strabisme et de l'ophtalmologie pédiatrique, dernière relecture le 14 septembre 2026
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